Cinq espèces, un an, un film : « Le Pari » de Baptiste Deturche

Filmer cinq espèces de galliformes de montagnes en moins d’un an, c’est le défi que s’est lancé Baptiste Deturche, réalisateur du film « Le Pari ». Un challenge réussi car il livre début janvier un très beau film sur ces « poules » de montagne, espèces fragiles, discrètes et pas toujours faciles à filmer… Baptiste Deturche revient sur ce tournage rythmé par des battements d’ailes et des parades amoureuses.

Filmer cinq espèces de « poules » de montagne en un an, c’est une sacrée idée ! Comment en-es tu venu à faire ce film ?

Cela faisait un moment que je voulais faire un film sur les tétras lyres parce que c’est une espèce emblématique des Alpes. Et c’est aussi une des premières espèces que j’ai filmées et trouvées par moi-même. Qui dit tétras lyre dit « tétraonidés » [oiseaux de la même famille que les tétra-lyres] alors j’ai élargi à ces 5 espèces : Le tétras lyre, la gélinotte des bois, le lagopède alpin, le grand tétras, la perdrix bartavelle.

Le but était de faire un film à sortir rapidement pour parler de l’urgence de protéger ces espèces. Au final c’est en mélangeant pleins d’idées, le local, les galliformes, la montagne, la sensibilisation, que j’en suis arrivé au film « Le pari ».

Comment se forme-t-on pour être vidéaste ou photographe animalier ?

En cherchant une formation, je suis tombé sur l’IFFCAM, L’Institut francophone de formation au cinéma animalier de Ménigoute, qui propose un master unique en Europe pour se former au documentaire animalier. Avec le master j’ai fait des stages avec notamment Anne et Erik Lapied pour lesquels j’ai travaillé sur 3 de leurs films (La fabuleuse histoire du gypaète, Aigles et gypaètes les maîtres du ciel et Dessine-moi une montagne).

Quelle est la préparation pour être sûr de récupérer des images sur le terrain ?

L’organisation du tournage est un calendrier très précis ! Je connaissais déjà trois espèces, le tétras-lyre, le lagopède et la gélinotte. Etant donné que ce sont des espèces sensibles, fragiles, très discrètes, je ne pouvais pas me permettre d’aller sur le terrain et de voir ce que ça allait donner.

Tout devait être prévu à l’avance, c’est pour ça que j’ai maximisé le tournage du début à la fin du printemps parce que c’est la période de reproduction et aussi là où c’est le plus facile de les voir.Je me suis beaucoup renseigné en amont, dans la littérature, auprès de collègues photographes qui maîtrisent le sujet et j’ai aussi travaillé avec des scientifiques. Au final, ce tournage c’était beaucoup d’apprentissage, de recherches, de planning mais c’est aussi la base dès qu’on fait des images animalières.

Une fois sur place, comment as-tu filmé ces espèces ?

Pour le grand tétras et le tétras lyre, par exemple, qui sont des espèces très sensibles au dérangement, je rentrais dans ma tente la veille vers 18h et je n’en sortais pas avant le lendemain en fin de matinée. Je limite au maximum ma présence, il y a juste la tente, qui ne dérange pas les animaux. La preuve : de nombreuses fois, le tétras lyre est venu tellement proche que je n’arrivais plus à faire la mise au point. L’animal était à moins de trois mètres de la tente !

“Si je fais des films animaliers, ce n’est pas seulement pour faire des belles images. C’est surtout parce que c’est ma manière de participer à la préservation de l’environnement.”

Quelle a été la plus grosse difficulté sur le tournage ?

La difficulté aussi a été de se focaliser sur cinq espèces qui ont la réputation d’être assez compliquée à trouver. Pour te donner un exemple, le surnom de la gélinotte c’est « le fantôme des bois ». Pour la perdrix bartavelle, la gélinotte et le grand tétras, il ne me fallait pas moins d’images, j’ai eu juste ce qu’il me fallait.

A la fin du film, tu parles de l’urgence et de la nécessité de protéger ces espèces. Est-ce que c’est important pour toi de parler de la thématique environnementale quand tu fais un film ?

Si je fais des films animaliers, ce n’est pas seulement pour faire des belles images. C’est surtout parce que c’est ma manière de participer à la préservation de l’environnement, notamment en faisant de la prévention. Mon précédent film était sur le renard polaire en Scandinavie. Le public était content, j’ai adoré faire ce film mais j’avais un sentiment d’insatisfaction par rapport à la sensibilisation. Les gens étaient moins touchés parce que le film se passait loin de chez eux. J’adore nos montagnes françaises du coup j’ai voulu sensibiliser d’abord les gens autour de moi. Avec mes films, je veux donner des clés et après chacun en fait ce qu’il veut. Je fais beaucoup de projections avec les scolaires par exemple pour donner ces clés tôt. Au final, ce que je cherche avec ce film ce n’est pas à donner des leçons. je le veux un peu pédagogique, émerveillant, sensibilisateur, forcément, mais surtout pas moralisateur !

Le Pari de Baptiste Deturche, 52min. En savoir plus sur le film
Retrouvez toutes les projections sur le site du réalisateur

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